Ottawa va injecter 1,4 milliard de fonds publics dans de nouvelles installations à Ingersoll, en Ontario, et à Repentigny, au Québec, pour la fabrication de munitions lourdes destinées à l’artillerie.
Les fonds seront répartis entre IMT Precision et General Dynamics-Produits de défense et Systèmes tactiques Canada. General Dynamics — Produits de défense et Systèmes tactiques, filiale du grand sous-traitant américain General Dynamics, se verra attribuer la part du lion de ces fonds.
L’objectif est d’accélérer rapidement la production d’obus de 155 millimètres utilisés par les obusiers et de lancer la production de nitrocellulose, un composé chimique utilisé comme propulseur dans les obus d’artillerie.
La Chine domine actuellement le marché mondial de la nitrocellulose, dont dépendent les pays de l’OTAN. Les pays occidentaux ont également sanctionné les entreprises de nitrocellulose qui approvisionnent la Russie, ce qui a encore réduit l’offre.
La Défense nationale indique qu’elle cherche à mettre en place une production de nitrocellulose d’ici trois ans.
Les fonds fédéraux sont en partie destinés à la production d’obus M795. Les fabricants canadiens produisent une variante de l’obus de 155 mm connue sous le nom de M107. Cet obus à plus courte portée est moins puissant et est utilisé pour l’entraînement et l’intimidation de l’ennemi.
Le ministre de la Défense, David McGuinty, a déclaré que cet « engagement initial de 1,4 milliard » en faveur de la chaîne d’approvisionnement en munitions était « essentiel à la sécurité nationale » et qu’il permettrait de créer de nouveaux emplois.
« Il s’agit de composants essentiels utilisés par nos forces armées et nos alliés, notamment en Ukraine ou même en Lettonie, a affirmé le ministre lors d’une conférence de presse mercredi. C’est pourquoi nous avons besoin de ces munitions. C’est là que nous en avons besoin. »
Un financement attendu depuis longtemps
L’Association des industries canadiennes de défense et de sécurité, qui représente des centaines d’entreprises nationales du secteur de la défense, a exercé une pression intense sur le gouvernement pour qu’il réapprovisionne les stocks de munitions de l’armée canadienne et convertisse les chaînes de production de munitions nationales.
« C’est une question qui traîne depuis des années, en réalité depuis le début de la guerre en Ukraine, a indiqué Christyn Cianfarani, PDG de l’association, dans un courriel. C’est donc une bonne chose de voir qu’ils commencent à mettre cela en œuvre. »
Le Canada a eu du mal à reconstituer ses stocks de munitions et a fait don d’importantes quantités à l’Ukraine, qui en a grand besoin pour sa guerre contre la Russie.
Christian Leuprecht, professeur au Collège militaire royal du Canada et à l’Université Queen’s, a souligné que c’était un bon début, mais que le gouvernement fédéral ne disposait toujours pas d’une chaîne d’approvisionnement solide et souveraine capable de lui permettre de tenir plus de quelques jours en cas de conflit armé.
« Nous aurions dû nous occuper de cela depuis longtemps. Tout le monde veut parler des drones, mais ce sont là des éléments essentiels dont l’armée a désespérément besoin », a relevé M. Leuprecht.
Il a ajouté qu’Ottawa devait cesser d’hésiter à conclure des contrats de munitions à long terme.
« Le Canada est connu pour dire : “Nous commanderons 3000 obus cette année et 5000 l’année prochaine.” Si vous êtes une entreprise, vous n’allez pas investir des centaines de millions de dollars si vous n’avez aucune idée de la quantité que vous allez pouvoir vendre », a expliqué M. Leuprecht.
M. McGuinty a dévoilé ce financement dans une usine IMT à Ingersoll, une communauté encore sous le choc des licenciements survenus à l’usine d’assemblage CAMI de General Motors. Il a promis que la nouvelle installation permettrait de créer quelque 400 emplois.
Le ministre de la Défense n’a pas répondu lorsqu’on lui a demandé s’il envisageait de convertir l’usine CAMI à la fabrication de véhicules militaires.
Il a toutefois admis que le gouvernement fédéral était en pourparlers avec les principaux constructeurs automobiles au sujet de la reconversion des usines automobiles à la production de défense et qu’il « en dira plus à ce sujet en temps voulu ».
La répartition des fonds prévoit qu’IMT recevra jusqu’à 305 millions pour une nouvelle usine destinée à produire des douilles métalliques pour des projectiles de 155 mm.
General Dynamics Canada aura accès à un peu plus d’un milliard de dollars de fonds.
La plus grande partie de cette somme, soit 642 millions, sera consacrée à une usine de fabrication de projectiles hautement explosifs de 155 mm.
Une somme supplémentaire de 355,7 millions servira à la mise en place de l’usine de nitrocellulose, tandis que 57,9 millions ont été réservés pour créer la première usine canadienne fabriquant les charges M231 et M232 utilisées dans les obus d’artillerie de 155 mm.
Ces fonds s’inscrivent dans le cadre du nouveau programme de résilience de l’industrie de la défense canadienne, qui fait partie de la nouvelle stratégie industrielle de défense du gouvernement libéral visant à renforcer les capacités de production nationale dans le domaine de la défense.
Les libéraux entendent mettre en avant certains volets de cette stratégie à travers une série d’annonces de financement prévues cette semaine.
REF: Ottawa annonce un investissement dans des usines de munitions au Québec et en Ontario